Les capitaineries des chasses furent créées au XVIe siècle. Jusque-là, les rois de France ne s'étaient réservé d'une manière exclusive le droit de chasse que dans les forêts royales, qui étaient administrées depuis le XIIIe siècle par des officiers spéciaux : maîtres des eaux et forêts, gruyers et verdiers. François Ier établit en outre, dans le voisinage de ses résidences, des réserves de chasse qui furent placées chacune sous la surveillance d'un capitaine des chasses et qui reçurent le nom de capitaineries. Elles furent organisées par un règlement de Henri II en 1547. Comme les garennes féodales, elles englobaient un territoire souvent fort étendu, dont toutes les parties étaient frappées des servitudes les plus vexatoires : les propriétaires ou fermiers n'y pouvaient tuer le moindre gibier, même pour protéger leurs récoltes ; ils ne pouvaient couper les bois taillis avant dix ans de rejet et de croissance, ni faucher les prés avant certaines époques ; quelquefois, il leur était interdit de bâtir, de faire des enclos ou des fossés, etc... Un tribunal spécial, composé d'un gruyer ou de son lieutenant et d'un procureur, connaissait des délits commis dans ces réserves royales. Les fonctions de capitaine des chasses étaient quelquefois dévolues au capitaine gouverneur de la résidence royale, mais le plus souvent elles étaient confiées à un officier distinct et les limites territoriales dans lesquelles s'exerçait l'autorité de l'un et de l'autre n'étaient pas les mêmes. Henri IV ajouta, en 1597, aux capitaineries des chasses qui existaient avant lui celle de la Varenne du Louvre, qui s'étendait au sud de Paris, depuis la Seine jusqu'à Meudon, Sceaux et Villejuif : la connaissance des délits de chasse commis dans cette circonscription appartenait par exception au capitaine des chasses, dont les sentences ne pouvaient être réformées en appel que par le Conseil d'État.

Les capitaineries se multiplièrent d'une façon abusive pendant le cours du XVIIe siècle. Elles furent, sous Louis XIII, l'objet des édits de 1612, 1618, 1619, 1624, 1627, 1633. Sous Louis XIV, Monsieur créa dans son apanage plusieurs réserves analogues aux capitaineries royales ; quelques grands personnages l'imitèrent sur leurs domaines ; des gouverneurs de provinces ou de villes s'arrogèrent le droit exclusif de chasser aux alentours des résidences choisies par eux. À la suite de plaintes réitérées des habitants des campagnes, quatre-vingts capitaineries de la couronne surent supprimées ; le roi ne maintint que celles de la varenne du Louvre, du bois de Boulogne, de Vincennes, de Saint-Germain, de Livry, de Fontainebleau, de Monceaux, de Compiègne, d'Halatte, de Chambord, de Blois, de Corbeil et de Limours. L'ordonnance des eaux et forêts de 1669 (titre XXX, article 20 et suivants) confirma les servitudes qui grevaient les terres comprises dans les capitaineries et attribua la juridiction des délits de chasse : dans les principales circonscriptions, aux capitaines avec appel au conseil privé ; dans les autres, à des lieutenants de robe longue avec appel au Parlement ou aux Tables de marbre. - Sous Louis XV, des déclarations royales et des arrêts du Conseil de 1716, 1718, 1724, 1740 délimitèrent les capitaineries : celles de Blois et de Livry furent supprimées en 1739 et 1761 ; mais celle de la forêt de Sénart fut crée en 1774, au profit du comte de Provence.

À la veille de la révolution, les protestations qui s'étaient depuis longtemps élevées contre les capitaineries des chasses, à cause des vexations auxquelles elles donnaient lieu et du dommage qu'elles causaient à l'agriculture, trouvèrent un écho dans les cahiers du tiers état. L'Assemblée constituante, après un mémorable débat, dans lequel Mirabeau formula les véritables principes en matière de chasse, vota l'abolition des capitaineries royales en même temps que celle des garennes féodales (11 août 1789).

[La Grande Encyclopédie]