Aqueduc de la Vanne


Grand aqueduc du bassin de la Seine, amenant à Paris des eaux prises à 110 km en moyenne, au Sud-Est de la capitale, en Bourgogne, dans le département de l'Yonne (et, subsidiairement, en Seine-et-Marne) ; eaux qui arrivent à leur destination par quatre départements (Yonne, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise et Seine) [Depuis 1964 : Yonne, Seine-et-Marne, Essonne, Val-de-Marne, Paris]. Abstraction faite des sources de Cochepies (Yonne) et de celles des environs de Nemours (Seine-et-Marne), notamment de la superbe fontaine de Chaintreauville, l'aqueduc s'approvisionne à des niveaux très différents du sien. « Une moitié à peu près du débit, dit l'ingénieur Couche (Les Eaux de Paris), est fournie par trois sources hautes qui pénètrent directement dans l'aqueduc, et l'autre moitié par une douzaine de sources basses, dont il est nécessaire de relever les eaux par machines ; la dérivation forme donc un ensemble plus compliquée que celle de la Dhuis. Elle comprend :

  1. un aqueduc collecteur de plus de 20 km, qui par l'intermédiaire d'aqueducs secondaires et de 5 usines hydrauliques , récemment renforcées d'une usine à vapeur, recueille le débit de toutes les sources et celui de nombreux drains ;
  2. un aqueduc de 136 km de développement, qui amène à Paris, à 80 m d'altitude, les eaux ainsi rassemblées, et qui, rencontrant sur son parcours des vallées profondes et de longues dépressions du sol, présente 14,5 km d'arcades et 17 km de siphons.

« L'aqueduc collecteur a pour point de départ la grande source d'Armentières (formée de trois jaillissements distincts), dont le niveau (111 m) a déterminé le sien. Cette source, qui est la principale de la vallée, et dont le débit a encore été augmenté par un drainage pratiqué souterrainement dans la craie, donne à l'étiage environ 20 000 m3 par jour, soit à peu près 230 litres par seconde. Elle est recueillie dans un grand bassin voûté qui, avec les galeries de captation, forme un ensemble auquel l'abondance et l'extrême limpidité des eaux donnent un aspect caractéristique. À la source d'Armentières vient se réunir une source moins importante, qu'une ramification secondaire va chercher à 1 500 m en amont, et qui forme la tête de la dérivation : c'est la source de la Bouillarde.

« Muni de cette première alimentation, l'aqueduc se dirige vers l'aval avec une pente très inférieure à celle de la rivière. À 4 km de distance, il est déjà notablement au-dessus du thalweg, et par conséquent les sources qu'il rencontre à partir de ce point dans la vallée de la Vanne doivent être relevées. Mais, en même temps, il passe devant un vallon secondaire vers l'extrémité duquel vient sourdre la plus élevée des sources captées, la source de Cérilly, qui, par son importance, est la seconde de la dérivation. Le débit de cette grande source (72 à 311 l/s) lui est amené par conduite forcée avec 22 m de charge. Cette chute représente en temps ordinaire une force motrice suffisante pour relever les deux premières sources basses, au moyen de deux usines élévatoires... Les autres sources basses sont réparties, par des aqueducs secondaires, entre trois usines mues par les eaux de la Vanne, dont Paris a acheté les chutes. Ces rois usines, espacées sur 8 km, représentent ensemble une force effective de 150 chevaux et envoient leurs eaux à l'aqueduc par des conduites spéciales de refoulement, à des hauteurs respectives de 15, 19 et 21 m. Enfin, comme à certaines époques elles deviennent trop faibles, on y a ajouté en 1882, comme renfort et comme rechange, une usine à vapeur qui, au moyen d'un aqueduc spécial, peut aider ou suppléer l'une quelconque d'entre elles. Après avoir reçu la conduite de refoulement de la dernière usine, le réseau collecteur, ayant terminé son rôle, verse dans l'aqueduc d'amenée, à l'altitude de 105,70 m, les eaux qu'il a recueillies, soit 110 000 m3 par jour.

« Ainsi, l'ensemble des ouvrages uniquement consacrés à réunir les sources qui fournissent ce total comprend en résumé : une douzaine de bassins de captation, et tout un réseau de drains ; 5 usines hydrauliques et une usine à vapeur ; enfin, près de 45 km d'aqueducs, dont un collecteur principal présentant sur son parcours 25 souterrains, 800 m d'arcades et 1 400 m de grand siphon. Les eaux ainsi rassemblées, reste à leur faire parcourir, avec les 25,70 m de pente dont on dispose pour les amener à la cote 80, les 136 km qui les séparent de Paris. »

Les sources recueillies par l'aqueduc dans le bassin de la Vanne sont ainsi nommées, de l'amont à l'aval : source de la Bouillarde, les 3 sources d'Armentières, les 2 sources Gaudin (à Flacy), la source de Chigy, la source du Maroy, la source de Saint-Philbert, les 5 sources de Theil (2 à Malhortie, 3 à Theil, dont une dite Miroir de Theil, une autre Caprais-Roy, la troisième fontaine du Chapeau), la source de Noé ; de plus, en un vallon latéral, et plus haut qu'aucune autre, la source de Cérilly dite la Bime (corruption d'Abime) ; en tout 16 sources.

« Les travaux de captation, entrepris à partir de 1868, ont augmenté le débit de toutes ces sources en abaissant leur niveau. En outre, comme l'a fait remarquer Belgrand, l'altitude exerce une influence sur leur régime. Ainsi, en considérant seulement les grandes sources, Armentières, Saint-Philbert, le Miroir de Theil et Noé, la première, située à 23 m environ au-dessus des trois autres, a varié du printemps à l'automne, pendant les années 1866 et 1867, dans les rapports de 666 à 332 et de 907 à 399. Les rapports des débits de la plus variable des trois autres sources, le Miroir de Theil, sont notablement plus petits : ils sont, pour ces mêmes années, de 186 à 135 et de 203 à 145. » (Daubrée, Les Eaux souterraines)

En partant des sources d'Armentières, l'aqueduc longe à distances variables la rive gauche de la rivière ; il passe à côté des sources Gaudin, voisines du village de Flacy, laisse sur la rive droite Bagneaux, la ville de Villeneuve-l'Archevêque, Molinons, Foissy ; puis au moment d'arriver à la source de Chigy, il franchit en siphon la vallée de la Vanne et reçoit peu après, en face du village de Chigy, la conduite secondaire dite aqueduc du Maroy, qui apporte les eaux de plusieurs sources inférieures. Il passe ensuite à Pont-sur-Vanne, à Malay-le-Roi où un siphon le fait communiquer avec l'aqueduc de Theil et de Chigy, qui est l'artère de la plupart des sources basses de la vallée acquises par la ville de Paris. À Mâlay-le-Vicomte, autre siphon de communication avec l'aqueduc susnommé ; et peu après aqueduc de dérivation des sources de Cochepies, grandes fontaines jaillissant à 10 km en droite ligne au sud, non dans la vallée de la Vanne, mais dans un vallon latéral de la rive droite de l'Yonne, le vallon de Saint-Ange, près Villeneuve-sur-Yonne ; elles fournissent en moyenne 315 l/s ; tel mois sec n'en a donné que 190, mais tel mois humide en a versé 458.

Ici la conduite s'éloigne définitivement de la Vanne, pour se rapprocher de la rive droite de l'Yonne à partir du village de Soucy. Elle ne peut rester de ce côté de la rivière jusqu'à son confluent avec la seine, car il lui faut éviter la traversée de la large plaine de Montereau ; tournant donc brusquement à l'Ouest, elle franchit la rivière Yonne à Villeperrot , à 2,5 km en amont de Pont-sur-Yonne, sur un pont-aqueduc de 1 500 m, qui offre un caractère frappant de légèreté, puis elle se développe sinueusement sur les collines de la rive gauche, en s'écartant lentement de l'Yonne, par ou près Pont-sur-Yonne, Villemanoche, Champigny-sur-Yonne, Chaumont, Villeblevin, La Brosse-Montceaux, Montmachoux, Noisy-le-Sec [aujourd'hui Noisy-Rudignon], Ville-Saint-Jacques ; après quoi, descendant dans la vallée du Loing, l'aqueduc franchit cette rivière et le canal de navigation qui en longe la rive droite sur un pont de moindres dimensions que celui de l'Yonne, mais qui, à part cela, lui ressemble fort ; puis il passe à une assez grande hauteur au dessus du chemin de fer de Paris à Clermont.

Il serpente ensuite dans la forêt de Fontainebleau, « où plus de 5 km de grandes arcades alternent avec 6 km de souterrains : ceux-ci ont été très difficiles à creuser, à cause de la nature du sol, qui est sable pur et grès ». L'aqueduc de la Vanne traverse les sables de Fontainebleau pendant 31 km, à partir de la vallée du Loing. Ce terrain est tellement perméable que le tracé n'y rencontre aucun ruisseau ; il franchit cependant plusieurs dépressions, celles des Sablons, de la Croix du Grand-Maître, du Vert-Galant, ou même des vallées assez profondes, telles que celles de la route d'Orléans, des Rochers de la Goulotte, d'Arbonne, de Montrouget.

Au quartier de la Croix du Grand-Maître, il est rejoint par l'aqueduc du Loing et du Lunain, qui lui amène des eux hissées jusqu'à lui par l'usine élévatoire de Sorques, laquelle est animée par une chute dudit Loing : ces eaux, montées à la cote 92 m, sont celles des sources de Chaintreauville (236 à 248 l/s) et de la Joie à Saint-Pierre-lès-Nemours, de Villemer (33 à 76 l/s), de Saint-Thomas (60 l/s), des Bignons et du Sel à Bourron : toutes fontaines qui donnent en moyenne, par 24 h, 51 000 m3, soit 390 l/s.

L'aqueduc du Loing et du Lunain est tout du long établi suivant le système des conduites forcées ou siphon, sans une seule arcade : « ses sections en relief sont couvertes d'un manteau protecteur de terres gazonnées ».

L'aqueduc de la Vanne passe à 1,5 km au sud de la ville de Fontainebleau, et à un peu plus de 2 km au sud du village d'Arbonne ; puis, laissant le bourg de Milly à 3 km sur la gauche, il franchit le vallon de l'École à Dannemois, et laisse à droite Soisy-sur-École, Champcueil et Chevannes, à gauche Mennecy. La traversée de la vallée de l'Essonne près de Mennecy, à Ormoy, à 5 km au sud-ouest de Corbeil, ne lui a pas été facile : il a fallu beaucoup de peine pour asseoir le siphon de passage sur les terrains mous et tourbeux des deux versants de cette rivière limpide.

Suivant maintenant, tantôt d'assez près, jamais de bien loin, la rive gauche de la Seine, l'aqueduc de la Vanne rencontre Lisses, Courcouronnes, Grigny, Viry, puis franchit en siphon le val de l'Orge à Savigny, et court sur le plateau entre l'Orge et la Bièvre. Morangis, Paray, Rungis, l'avoisinent : il passe ensuite au bas du fort des Hautes-Bruyères, et se porte, de colline à colline, au-dessus de la Bièvre par 77 arcades, supportées en partie par les arcades monumentales du vieil aqueduc d'Arcueil.

Arcueil, c'est déjà Paris. L'eau de la Vanne s'arrête à Paris dans le réservoir de Montrouge ou réservoir de Montsouris, à côté du parc de Montsouris : on l'y emmagasine dans des bassins ayant ensemble 3 ha de surface et près de 250 000 m3 de capacité ; et, de là, sa pression naturelle la verse dans une grande partie de Paris, à tous les étages des maisons. Le réservoir est quadrangulaire ; « il est couvert, complètement édifié en maçonnerie de meulière et ciment, et composé de deux étages superposés, divisés chacun en deux parties égales, ce qui forme 4 bassins indépendants. Il a coûté 7 millions de francs, dont 2 millions pour l'acquisition des terrains et la consolidation des carrières » qui gercent ici le sous-sol de la capitale.

En somme : des eaux « d'une limpidité parfaite, d'une température constante de 11° à 12°, gardées à l'abri de toute altération », prises à diverses altitudes, la plus grande étant de 133 m ; une section permettant le passage de 130 000 m3 par jour ou 1 500 l/s, 136 km sans les canaux d'amenée, les drains, la conduite de Cochepies et celle des eaux de Chaintreauville près Nemours, de Villemer et de Saint-Thomas près Moret ; 17 km de siphons, 14 500 m d'arcades : tel est ce grand ouvrage, décrété le 19 décembre 1866, sur les plans de l'illustre ingénieur Belgrand, achevé en 1875 et constamment perfectionné à partir de 1879. Il a coûté, ces améliorations non comprises, et sans le réservoir et les conduites d'eau dans Paris, une somme d'environ 40 millions de francs.

[Dictionnaire géographique et administratif de la France, Paul Joanne, Hachette, Paris, 1906]