À Paris : des Trinitaires aux Mathurins


Fondation de l'ordre des Trinitaires

L'Ordre de la Très Sainte Trinité et de la Rédemption des Captifs fut créé en 1198 par Jean de Matha et Félix de Valois afin de racheter dans les états barbaresques d'Afrique du Nord les chrétiens qui y étaient maintenus en esclavage.

Le premier monastère parisien

Après les trois fondations initiales (Cerfroid, Planels et Bourg-la-Reine), Philippe Auguste aida les Trinitaires à construire un monastère à Paris près d'une chapelle dédiée à saint Mathurin (il en subsiste aujourd'hui une arcade 7 rue de Cluny, dans le 5e arrondissement).

Des « Trinitaires » aux « Mathurins »

« Le couvent Saint-Mathurin prit une telle importance que le nom de « Mathurins » qu'on avait donné aux religieux parisiens s'étendit bientôt à tout l'ordre et, au XVIIe siècle, on ne les nommait plus guère autrement en France (quoiqu'on les appelât aussi parfois « frères aux ânes », d'après leur monture à l'origine). » (Emmanuelle Bermès, Le Couvent des Mathurins de Paris et l'estampe au XVIIe siècle, thèse à l'École nationale des Chartes).

Les activités rédemptrices

De très nombreux chrétiens furent rachetés aux musulmans du Maroc, d'Algérie et de Tunisie dont ils étaient devenus esclaves. La Règle exigeait d'ailleurs qu'un tiers de tous les revenus (la tertia pars) fût réservé aux rançons pour racheter les prisonniers. Les trinitaires chaussés organisèrent à partir du sol français une soixante d'opérations de rachat du XVe au XVIIIe siècle avec la libération globale d'au moins 6 000 captifs. C'est de là que découle probablement la très grande popularité de saint Mathurin en Bretagne et en Normandie, pays de marins.

L'église des Mathurins

« L'église des Mathurins, à la fin du XVIIe siècle, était devenue assez remarquable grâce à tous les travaux que les ministres Louis Petit et Pierre Mercier y avaient réalisés. En 1610, Louis Petit fit achever la voûte et le pignon de l'église et fit construire en 1628 deux corps de logis, qui formèrent une deuxième cour à l'ouest du cloître. Mais c'est le décor de l'église qui connut alors les modifications les plus importantes. Louis Petit fit réaliser un grand nombre de toiles pour décorer l'église ; on notera notamment les œuvres peintes par Théodore Van Thulden pour les stalles du chœur, qui relataient l'histoire de la fondation de l'ordre et qui furent gravées par l'artiste en 1633. De cette époque datent aussi le jubé, commandé au sculpteur Simon Guillain par un marché passé devant notaire le 17 août 1629, et le maître-autel, réalisé en 1647 et orné d'un grand retable central pour lequel Van Thulden réalisa trois toiles que l'on changeait selon le temps liturgique. La menuiserie fut refaite au temps de Pierre Mercier. Ce général fit aussi réaliser en 1682 une série de portraits destinés à orner le cloître. » (Emmanuelle Bermès, Le Couvent des Mathurins de Paris et l'estampe au XVIIe siècle, thèse à l'École nationale des Chartes).

Le couvent des Mathurins et le Quartier latin

« Le dynamisme du couvent des Mathurins devait beaucoup aux relations qu'il entretenait au Quartier latin avec l'Université, avec les membres des confréries et avec les locataires des maisons qui lui appartenaient.

Dès son installation rue Saint-Jacques au début du XIIIe siècle, le couvent tira parti de sa situation à proximité de l'Université. Jean de Matha y avait fait ses études ; les religieux trinitaires affluaient de tous les couvents de l'ordre pour fréquenter la prestigieuse institution et étaient logés au couvent des Mathurins. En outre, le couvent accueillait dans son cloître les assemblées de l'Université et abritait la halle aux parchemins, où ceux-ci étaient entreposés avant d'être vendus ; la procession qui précédait, tous les trois mois, l'élection du recteur s'y déroulait. Les religieux de l'ordre pouvaient soutenir leurs thèses dans les locaux du couvent : on en a un exemple en 1619 avec une thèse illustrée par Claude Mellan.

L'existence des confréries constituait une autre forme d'intégration des religieux dans le quartier de la rue Saint-Jacques. Les confréries hébergées au couvent des Mathurins étaient au nombre de cinq :

  • celle de saint Jean l'évangéliste pour les libraires, imprimeurs et papetiers, dits suppôts de l'Université ;
  • celle de saint Charlemagne pour les messagers de l'Université ;
  • celle de sainte Barbe pour les paumiers et tripotiers ;
  • celle de saint Nicolas pour les huiliers et chandeliers ;
  • enfin celle de la sainte Trinité pour la rédemption des captifs.

Seule la dernière n'était pas liée à une profession, mais directement à l'ordre des Trinitaires : elle constituait le « tiers-ordre » et faisait partie intégrante de la vie des Trinitaires. Confrérie de dévotion, elle accueillait toute personne, homme ou femme, désireuse de devenir confrère et formait un lien essentiel entre les religieux trinitaires et les fidèles. Elle était pour les religieux un moyen de se faire connaître et, bien sûr, d'obtenir des aumônes. L'installation des différentes confréries dans l'église des Mathurins permettait un échange de services qui ne manquait pas d'être profitable aux religieux : ils y gagnaient en notoriété grâce au surplus de fréquentation qui en découlait et s'enrichissaient des somptueuses décorations que les confréries pouvaient s'offrir. » (Emmanuelle Bermès, Le Couvent des Mathurins de Paris et l'estampe au XVIIe siècle, thèse à l'École nationale des Chartes).

Les Mathurins propriétaires

« Dernier élément d'intégration dans la vie du quartier, les Mathurins possédaient plusieurs maisons regroupées autour du couvent, dans les rues Saint-Jacques, du Foin, de la Parcheminerie et des Mathurins. En 1634, les Mathurins avaient seize maisons dans leur censive et possédaient vingt-deux autres maisons et boutiques louées à divers particuliers. Les locataires étaient socialement diversifiés. Aux plus riches, les Mathurins empruntaient parfois de l'argent. Ils logeaient aussi toutes sortes d'artisans auxquels ils avaient de préférence recours, notamment pour les travaux de construction et de rénovation des maisons. Ce tissu de relations nouées dans le quartier était aussi un moyen de recruter des novices pour le couvent. » (Emmanuelle Bermès, Le Couvent des Mathurins de Paris et l'estampe au XVIIe siècle, thèse à l'École nationale des Chartes).

Les Mathurins possédaient aussi des propriétés en dehors du Quartier Latin, comme cette ferme située près de l'emplacement de l'actuel grand magasin du Printemps dont la rue des Mathurins (VIIIe et IXe arrondissements) perpétue le souvenir.

Les Mathurins et la toponymie

À Paris et ailleurs, on trouve encore trace de couvents et de rues « des Mathurins ».

Pour en savoir plus...

Consultez ces sites dont nous nous sommes largement inspirés :



Retour à "Saint Mathurin"  |  Retour à la "Petite litanie des saints"  |  Page d'accueil