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Le jour s'était levé et, du pont de
l'Achilles, Paul Dejoie [officier-mécanicien chargé
des chaufferies à bord de l'Atlantique] s'aperçut
qu'il y avait encore quelques personnes sur l'avant du paquebot
en flammes.
C'était le capitaine Schoofs qui, avec une
dizaine d'hommes s'était réfugié sur le gaillard.
Trois de ces marins seulement étaient munis d'une ceinture
de sauvetage. Il y avait là notamment le second, Gustave
Gaston, le médecin du bord, le docteur Jullemier,
et le boy annamite du commandant Schoofs qui restera jusqu'au
bout à ses côtés. Le petit groupe de treize
personnes se trouvait isolé sur un espace étroit
près de l'étrave, à près de quinze mètres
au dessus de la mer furieuse. Aucune autre issue pour eux que
de se précipiter dans les flots. Le commandant Schoofs
fut catégorique :
- Il faut quitter le navire !
Mais plusieurs hommes ne savaient pas nager. Ils hésitaient.
Le second capitaine demanda au commandant Schoofs l'autorisation
de se lancer le premier, pour montrer l'exemple.
Il enjamba la lisse, se saisit d'un filin et commença
à descendre. On le vit un instant, tourbillonnant dans
le vide, puis il disparut dans les flots.
Quelques longues secondes passèrent et l'officier
réapparut à la surface. Il fut repêché,
à demi évanoui, par une embarcation du Ford Castle.
Gustave Gaston racontera plus tard qu'il ne dut d'avoir
la vie sauve qu'au fait que, lorsqu'il émergea à
la surface après son plongeon dans l'eau glacée,
il fit la planche, mains aux hanches, coudes écartés
et genoux à demi pliés, ce qui lui permit d'attendre
les sauveteurs.
À bord de L'Achilles, Paul Dejoie réussit
à convaincre le second-capitaine du cargo hollandais d'aller
recueillir ces hommes en lui assurant qu'aucune explosion de l'Atlantique
n'était à craindre, les précautions ayant
été prises pour mettre bas les feux et couper les
alimentations de mazout.
L'Achilles dépêcha vers le navire
en feu une de ses embarcations et, un à un, tous les hommes
qui s'étaient réfugiés à l'avant du
paquebot se laissèrent glisser à la mer le long
des filins. Le commandant Schoofs, quittant le navire le dernier
selon la tradition, fut recueilli par le Ford Castle où
il retrouva le capitaine Gaston qui l'avait précédé
de peu.
La plupart des hommes furent recueillis par les Hollandais,
qui firent preuve, en la circonstance, d'une audace extraordinaire,
s'approchant à quelques mètres seulement du paquebot,
au risque d'être fracassés avec leur chaloupe contre
les flancs du navire. Tandis qu'il nageait pour saisir le bout
qui lui était jeté par les sauveteurs, le commandant
Schoofs s'aperçut que le docteur Jullemier était
en mauvaise posture : il avait accroché un cordage
du paquebot, mais, ayant perdu connaissance, il disparaissait
à demi sous les lames. En quelques brasses, Schoofs fut
près du médecin, lui donna un grand coup sur le
bras pour l'obliger à lâcher prise et prévint
les Hollandais qui parvinrent à repêcher l'infortuné
praticien.
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