Prise de possession
de la cure de Savigny-le-Temple


Du 12 may 1780
Prise de possession de
la cure de Savigny
le Temple

Insinué et controllé au Greffe
des Insinuations ecclésiastiques
du Diocèse de Sens le trente mai
1780, reçu 30 #[1]

Ce jourd'huy douzième
jour de may mil sept cent quatre vingt, en présence
de Nous, Nicolas Chamblain, notaire du Roy
au Châtelet de Melun, y résident et commis
à l'exercice de l'un des dix offices de Notaires
royaux et apostoliques établis dans le diocèse
de Sens, et des témoins ci-après soussignés,
M[essi]re François-Hyacint[h]e Villeroy,
prêtre du diocèse de Thoul demeurant à la
Commanderie de Ruez[2], nommé à la cure ou
vicairie perpétuelle et régulière sous le titre et
invocation de St Germain de Savigny le Temple,
scituée dans le diocèse de Sens, par frère
Anne Hérard de la Madelaine de Ragny,
Bailly Grand Croix de †St Jean de Jérusalem, Grand
Trésorier dud[it] ordre, commandeur de St Jean en
l'Isle et de Ruez[2], suivant les lettres dud[it] seigneur
commandeur dattées en son château de Ruez du
dix-huit avril dernier, signées de lui et plus
bas par Monsieur Le Deschault, secrétaire,
con[trol]lées à Wassy le vingt-six du mois d'avril par
Barbier, insinuées et con[trol]lées au Greffe des
insinuations ecclésiastiques dud[it] diocèse de
Sens le trois du présent mois par Care, vacante
par le décès de M[essi]re Jean-Baptiste Magrath
dernier titulaire et possesseur de lad[ite] cure ou vicairie
dud[it] Savigny le Temple, sur laquelle nomination
Monseigneur le Cardinal de Luynes archevêque
de Sens a accordé à mond[it] sieur Villeroy des lettres de
provision ou visa dattées à Sens du trois du
présent mois de may, signées de Diancourt vic[arius]
gen[era]lis, et plus bas De mandato Eminentissimi
ac N.N. D.D. Archiepi[scopi] Senon[ensis]
Le Pellerin can[oni]cus secret[aire] insinuées et con[trol]lées
par Care au greffe des insinuations ecclésiastiques à
Sens le même jour, trois du présent mois,
s'est transporté avec nousd[it] notaire et
lesd[its] témoins ci-après nommés dans l'église dud[it]
lieu de Savigny le Temple sous le titre et
invocation de St Germain, diocèse de Sens, où
étant mond[it] s[ieu]r François Hyacint[h]e Villeroy a pris
et l'avons mis, en vertu tant desd[ites] lettres de
nomination que de provisions ou visa ci-dessus dattées,
en la possession réelle, corporelle et actuelle de lad[ite]
cure ou vicairie perpétuelle et régulière sous
le titre et invocation de St Germain de Savigny
le Temple et de tous ses droits, appartenances et dépendances
par la libre entrée en ladite église par
la principalle entrée d'icelle, revêtu de l'étolle,
prise d'eau bénite, prières à Dieu faittes devant
le maître-autel, toucher du pupitre, des fonds
baptismaux, de la chaire à prêcher, son des
cloches, scéance en la place affectée au curé ou
vicaire perpétuel de lad[ite] église, ex[h]ibition et lecture
desd[ites] lettres de nomination, celles desd[ites] provisions
ou visa, et par les autres cérémonies et formalités
requises et accoutumées en pareil cas.

À laquelle mise en possession et prise par
mondit s[ieu]r François Hiacinte Villeroy, luë et
publiée à haute et intelligible voix par nousdit
notaire soussigné en présence desd[its] témoins, personne
ne s'est opposé : de laquelle mise et prise de
possession, led[it] s[ieu]r Villeroy a requis et demandé
acte à nousd[it] notaire soussigné qui lui avons
accordé le présent pour lui servir et valoir en
tems et lieu ce que de raison.

Fait et passé aud[it] lieu de Savigny
le Temple en lad[ite] église les jour et an que
dessus sur les cinq heures et demye de
relevée[3], en présence de M[essi]re Rollant Quemard,
prêtre curé de la paroisse de St Martin de
Cesson, y demeurant, s[ieu]r Claude Marlin,
Receveur de la Commanderie dud[it] Savigny
le Temple et procureur fiscal dud[it] lieu, Jean-Baptiste
Richer, recteur des Petites Ecolles dudit
Savigny, Charles Chartrain, char[r]on et chantre,
Barthélemy Cochet, maréchal, Jean Salmon, bour[re]lier,
Jean-Claude Leroy, char[r]on, Sébastien Larné,
vigneron, Jean-Baptiste Gérard, cordonnier, et André
Belϕl, manouvrier, tous habitans dud[it] Savigny qui
ont signé avec led[it] s[ieur]r Villeroy et nousdit notaire,
ainsi qu'il est dit en la minutte des présentes
con[trol]lée au bureau de Melun par Symonet, commis,
le dix-sept desd[its] mois et an, qui a reçu sept livres,
et demeurée en la possession dud[it] m[aîtr]e
Chamblain, notaire soussigné.
Chamblain

Scellé lesd[its] jour et an.


[Archives départementales de Seine-et-Marne, G.497 (carton)]


[1] Le signe # est le symbole de l'unité monétaire livre.

[2] Ruetz, sur le territoire de Gourzon (depuis 1972 commune de Bayard-sur-Marne), à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Saint-Dizier.
Depuis la chute du royaume franc de Jérusalem (1187), cette milice religieuse [l'Ordre du Temple], répandue en Europe, y avait acquis des richesses et une puissance qui, tout en ne répondant plus à l'objet de son institution, avaient à la fois éveillé les craintes du souverain, blessé son orgueil et excité sa convoitise. Ils n'étaient pas moins de 15 000 chevaliers que les statuts rattachaient directement au chef de la chrétienté, et ils étaient en possession de plus de dix mille manoirs. Ils avaient particulièrement en Champagne une situation considérable. En approuvant leur règle (1128), le concile de Troyes réuni par le futur saint Bernard avait fait en quelque sorte de la capitale du comté le berceau de l'ordre. Hugues de Payns [Payns est proche de La Chapelle-Saint-Luc], qui y fonda la première commanderie, ne tarda pas à établir une préceptorerie à la Neuville-au-Temple, près de Châlons. Le territoire avoisinait la Vesle et était inoccupé : les Templiers s'y fixèrent, y construisirent des bâtiments, et, grâce aux nombreuses donations qu'ils recueillirent, dès 1132, ils firent de ce domaine un des plus beaux de la province. Le village de Maucourt, sur l'emplacement duquel devait s'élever plus tard Vitry-le-François, devint de son côté le siège d'une préceptorerie qui, sans égaler celle de la Neuville, jouit d'une certaine prospérité. Ruetz, sur le territoire de Gourzon, avait, presque en même temps que la Neuville, reçu des frères du Temple que les seigneurs du voisinage se plurent à enrichir de leurs dons. Ainsi en avait-il été dans le diocèse de Troyes, où leurs maisons s'étaient multipliées, et avec elles les acquisitions de terre. En 1312, lorsque le pape Clément V supprime l'ordre, il en attribue les biens aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. [D'après Maurice Poinsignon, Histoire générale de la Champagne et de la Brie, Châlons-sur-Marne, 1896]

[3] De relevée : c'est-à-dire de l'après-midi.



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