Benedictum ou Benedicti ?
Accusatif ou génitif ?



Le Cardinal Pericle Felici en 1977
(Freda Leibovitz Reiter)

En 1978, ce fut au cardinal protodiacre, Pericle Felici (Segni, 1er août 1911 - Foggia, 22 mars 1982), préfet de la Signature apostolique, éminent latiniste, qu'il revint d'annoncer l'élection du pape Albino Luciani. D'une voix forte, il prononça la formule latine, mais au lieu d'utiliser l'accusatif dans la phrase relative au nom choisi « Qui sibi nomen imposuit Johannem Paulum », il utilisa le génitif : « Johannis Pauli » (c'est-à-dire « le nom de Jean Paul » plutôt que « le nom Jean Paul »). Le lendemain, d'insignes latinistes le lui reprochèrent, en affirmant que le latin correct exigeait l'accusatif. Le cardinal Felici les laissa dire. Au mois d'octobre 1978, lorsque ce fut encore à lui d'annoncer le nom du nouveau pape, Karol Wojtyla, il utilisa à nouveau le génitif : « Qui sibi nomen imposuit Johannis Pauli secundi ». La polémique reprit de plus belle entre latinistes.

Les deux tournures sont probablement acceptables, même si celle à l'accusatif est considérée comme plus classique. Tite-Live (Ab Urbe condita, livre XXXV, 47) écrit « filiis duobus Philippum atque Alexandrum et filiae Apamam nomina imposuerat ».


Le Cardinal Jorge Medina

Le 19 avril 2005, c'est au cardinal Jorge Arturo Medina Estévez qu'incombe la responsabilité d'annoncer le nom du successeur de Jean Paul II. Préfet émérite de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, âgé de 79 ans, né le 23 décembre 1926 à Santiago du Chili, ordonné prêtre en 1954, évêque en 1985, archevêque en 1996, cardinal en 1998, il assume la charge de protodiacre (celle qui lui permet d'annoncer au monde le nom du nouveau pape) depuis le 24 février 2005 seulement. Et le cardinal Jorge Medina, fidèle au choix de son prédécesseur Pericle Felici, termine son annonce par : « Qui sibi nomen imposuit Benedicti decimi sexti » au lieu de « Benedictum decimum sextum ». Mais de son côté l'Osservatore Romano fait sa une avec le titre suivant : « Habemus Papam Iosephum Ratzinger qui sibi nomen imposuit Benedictum XVI »... La querelle entre latinistes reste donc ouverte au sein même du Vatican !


L'Osservatore Romano
 

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